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ARTICLES ET MÉDIAS

Engagé au travail ou « workaholic » ?

11 mars 2020| Valérie Spitzer, recruteur et collaboratrice de Jessica Joyal

Tout employeur rêve d’un employé pleinement engagé envers l’organisation pour laquelle il travaille. Motivé, productif, dédié à ses tâches, il n’hésite pas à assumer des responsabilités additionnelles et à sortir, au besoin, de ses champs d’expertise habituels. Il travaille avec entrain, dynamisme et il représente donc un modèle pour ses collègues. Oui, mais voilà, la frontière est parfois mince entre un travailleur engagé et ce qu’on appelle communément la personne qui est devenue « workaholic ». Eh oui, on connaissait les dépendants à l’alcool, la drogue, le jeu mais la dépendance au travail est plus souvent méconnue. Elle semble moins grave et pourtant, elle peut, pour certains, mener à l’épuisement professionnel (plus communément appelé « burn-out ») et à des situations de couple et de famille difficiles. Mettons en lumière qui sont ces bourreaux de travail…

 

Qu’est ce qu’un « workaholic » ?

Le créateur de la définition Wayne Oates l’a décrit comme « un besoin incontrôlable de travailler sans cesse ». Certains psychologues reconnaissent le bourreau de travail à deux facteurs : Il effectue un nombre excessif d’heures au bureau. Aussi, ce ne sont pas nécessairement des motivations externes (telles des contraintes monétaires) qui l’obligent à travailler trop mais bien une pulsion interne à travailler tout le temps. D’autres psychologues ajoutent le fait qu’ils sont constamment préoccupés par leur travail même quand ils n’y sont pas. Ils sont rarement (ou jamais) capables de « décrocher », que ce soit la fin de semaine, lors de loisirs en famille et même en vacances.

 

Vivre avec un workaholic

Comme la plupart des personnes dépendantes, ces bourreaux de travail ne se rendent pas nécessairement compte qu’ils ont un problème et que leur vie manque d’équilibre. C’est bien souvent les conjoint(e)s qui en souffrent le plus. En effet, les workaholics mettent toute leur énergie dans le travail, pour oublier tout le reste : amis, famille, couple etc.

 

En voici un exemple : Juliette est en couple depuis près de dix ans avec Alexandre. Parents d’une petite fille, Juliette se plaint de ne jamais voir son conjoint. Celui-ci occupe un travail de jour et un autre de nuit!... Et pourtant, ce couple ne vit pas de difficultés financières. Alexandre se sent tout simplement incapable d’arrêter. La goutte qui a fait déborder un vase déjà plein a été le jour où il a décidé, en plus de ses deux emplois, d’ouvrir un lave-auto. Ses fins de semaine étaient également hypothéquées. Incapable de supporter cet état de fait, Juliette s’est finalement séparée et Alexandre a fait une dépression. Ce cas est loin d’être isolé et me rappelle un participant à un stage de développement personnel que j’avais animé il y a bien des années. « Je ne comprends pas, ma femme est partie et pourtant je travaillais comme un fou, pour satisfaire ses besoins ». Cet homme désespéré par le départ de sa femme avait oublié de valider auprès de sa femme si son besoin était vraiment qu’il travaille sans cesse et qu’il gagne toujours plus d’argent ou bien simplement qu’il soit plus présent.

 

Une dépendance positive… au premier abord.

Contrairement à d’autres dépendances, la dépendance au travail peut sembler de prime abord positive et valorisante, c’est pourquoi elle est incomprise par certains. Autant vous aurez la compassion de vos proches si vous expliquez que votre conjoint(e) est alcoolique, autant il est possible qu’on vous regarde bizarrement si vous vous plaignez que ledit conjoint est un mordu du travail. Après tout, le travail est souvent valorisé, tout autant que le sont l’argent, le succès et la productivité. D’ailleurs, les personnes les plus aptes à faire un « burn-out » sont aussi très appréciées des employeurs puisqu’elles disent oui à tout et sont toujours avides de nouveaux projets. Le docteur Zacchia, psychologue à l’institut universitaire en santé mentale Douglas, explique que lorsque le temps et l’énergie que nous accordons au travail affectent notre humeur, notre patience, nos relations interpersonnelles et le bien-être de nos proches, il est temps de consulter.

 

En tant que recruteur, j’avoue que les personnes qui sont « workaholics » peuvent sembler particulièrement intéressantes pour nos clients. Ainsi, j’ai tout récemment recruté une professionnelle en ressources humaines. L’une des candidates était très heureuse de me dire qu’elle était une vraie « workaholic » et qu’elle était entièrement dédiée à l’entreprise. Il est vrai que je me suis dit qu’elle serait une candidate intéressante car je savais qu’elle ne compterait pas ses heures et qu’elle se montrerait très dévouée et impliquée envers son employeur. Cependant, notre tâche en tant que recruteur est de mieux comprendre la nature de son engagement au travail. Cette candidate est-elle vraiment une « droguée » du travail ou bien est-elle simplement engagée envers l’entreprise pour laquelle elle travaille ? Il sera important de la faire parler de son parcours professionnel, de sa personnalité, de sa vie en général afin de savoir si elle a des loisirs etc. De ce fait, on pourra alors facilement faire la différence. « Je préfère tout prendre sur mes épaules ». « Je suis incapable de déléguer ». « Le travail, c’est toute ma vie ». « Je pense au travail tout le temps, même en vacances ». Voici quelques phrases qui devraient vous alerter et vous montrer que le travail chez ces personnes peut devenir une véritable obsession.

 

Votre responsabilité en tant qu’employeur

L’employeur peut se réjouir, dans un premier temps, d’avoir des employés qui sont « workaholics ». Si vous demandez à un patron sa préférence entre un employé qui traîne des pieds pour venir travailler et qui adopte parfois une attitude négative au travail et un employé qui travaille de longues heures, qui dit oui à tout et qui semble infatigable, le choix est vite fait! Pourtant, vous avez une responsabilité en tant qu’employeur. Si vous détectez chez vos employés des signes de dépendance au travail, il est important de communiquer avec eux. Ledit employé ramène du travail chez lui, même la fin de semaine ? Il n’a plus de loisir ? Il semble fatigué, stressé, anxieux mais continue pourtant la même cadence effrenée? Attention, tel que mentionné plus haut, cela peut facilement conduire à un état de fatigue généralisée et, par la suite, de « burn-out ». Vous devez lui montrer que ce n’est pas ce que vous attendez de lui et lui apprendre à mieux déléguer ses tâches.

 

Des pistes de solution

Au Québec, il semblerait que les réunions pour « workaholics » remportent beaucoup de succès. Les travailleurs s’y expriment en toute liberté, l’idée étant qu’ils puissent « guérir » de leur dépendance. On y retrouve des professionnels de tout secteur d’activité : enseignement, construction, communication etc. Lors de ses réunions, des questionnaires (que l’on peut retrouver sur Internet) ont été créés afin de définir si vous êtes un « accroc au travail » ou bien si vous êtes simplement un employé engagé. Si vous répondez positivement à au moins trois questions sur les vingt, alors vous êtes considéré comme un « workaholic ». À Montréal, des réunions peuvent avoir lieu deux fois par mois et sont prises très au sérieux par les participants. Chacun a un parrain ou une marraine et des plans d’abstinence sont mis en place. Pour certains, il s’agira de ne pas travailler le dimanche. Pour d’autres, de ne pas consulter son téléphone en mangeant. Ou bien d’allouer un temps raisonnable au travail durant les vacances mais de savoir aussi se consacrer aux loisirs etc.

 

 

Le Dalaï lama a déclaré : « Ce qui me surprend le plus dans l’Humanité ?... Les hommes... parce qu’ils perdent leur santé pour accumuler de l’argent. Ensuite, ils perdent leur argent pour recouvrer la santé. Et ils se perdent dans d’anxieuses pensées sur le futur au point de ne plus vivre ni le présent ni le futur. Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir… et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu ».

 

Voici une belle citation à méditer. Les « workaholics » ont certainement cette tendance à vivre comme s’ils n’allaient jamais mourir et à oublier de prendre le temps de vivre et de savourer le présent, tout simplement… En bref, tout est question d’équilibre et la modération a bien meilleur goût!

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